jeudi 11 novembre 2010

Jour 2 - Before the full moon - La grève dévoilée d'un inside man (FFCF 2010)

Before the full Moon, Seo Seh-chin, 2009, 77 min.

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Quelques infos:

- le réalisteur est (était?) un journaliste plutôt de gauche (on s'en serait douté) donc si t'as ta carte des jeunesses de l'UMP tes cheveux risquent de se dresser sur ta tête. En même temps, sérieux, la raie au milieu ça t'allait pas.
- un petit article sur la grève sur le site de l'OCL. Là encore c'est forcément orienté mais au moins c'est assez complet : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?breve165
.
Avant d'y aller, on se disait : "Alors là attention, faut se méfier de lui, ça sent le syndicaliste acharné, organisé, façon docker new-yorkais des années 1950. Seo Seh-chin est allé filmer les 15 dernières jours de la grève des ouvriers de Ssangyong Motors l'été dernier, sûrement un plan vacances qui a mal tourné. Toujours est-il qu'apparement la grève en question a fait du bruit et possède un petit potentiel dramatique intéressant (le malheur des uns...). L'usine a été occupée pendant 77 jours et comme les coréens ont un certain sens du spectacle ils ont fait les choses bien : le lieu a été encerclé de manière quasi continue et certains indices laissent à penser qu'il y aurait eu de la tape. On le sait, faut pas laisser des outils trainer à côté d'un coréen enervé. Du coup on se retrouve avec 3 bonnes raisons d'aller voir le film : 1/ c'est court (et ouais ça compte aussi en semaine de festival) - 2/ c'est l'occasion d'avoir un point de vue différent sur la vie en Corée (sans être la réalité pour autant, un documentaire ça se veut quand même plus réaliste qu'une fiction) - 3/ "l'histoire tragique et sanglante d'une usine en grève encerclée par une meute de policiers" ça aurait quand même fait un pitch sympa pour un film de Ryo Seung-wan".
Nous sommes donc allés voir ce documentaire pour voir de quoi qu'il en retournait. Sors les merguez Micheline.


Une grève de 77 jours avec sit-in grandeur nature dans l’usine de Pyeongtaek de Ssangyong Motors : c’est la Loft story sociale que propose le réalisateur dans Before the full moon. En gros, l’enjeu de cette grève, qui n’est pas clairement évoqué dans le documentaire, consiste à contraindre la direction de renoncer à son plan de licenciement massif en vue de la restructuration de la société. A noter que cette grève est intervenue dans un contexte de fortes contestations à l’encontre de la politique du gouvernement de Lee Myung-bak, Président de la République sud-coréenne. L’affaire est plutôt compliquée et décousue, tandis que le documentaire ne synthétise pas réellement les données de la situation de manière problématique. Pour avoir une bonne vue d’ensemble du cadre dans lequel s’inscrit l’occupation de cette usine, nous vous conseillons de vous référer à ce (long) récit : bataille socialiste.

Comme nous nous y attendions, une dizaine de personnes à tout péter dans la salle. C’est dommage parce que le fonctionnement de ce documentaire, par l’intrusion directe et furtive du réalisateur dans le lieu de la grève, n’est pas une démarche inédite. En 1990, le collectif marxisteJangsangotmae, nébuleuse d’étudiants créatifs et engagés, réalisait La Veille de la grève. Il s’agissait déjà de s’introduire dans les locaux d’une usine pour participer à une grève. Toutefois, le film de ce collectif était une fiction ; si la frontière avec la réalité est évanescente, il n’en reste pas moins que l’équipe du tournage a donné des directives aux grévistes « réels » et qu’elle a utilisé l’agencement des éléments de la grève dans le but de discourir de manière normative selon un schéma idéologique correspondant à une certaine forme de lutte des classes. Ainsi, que la référence fût à l’esprit du réalisateur ou non, ce documentaire avait a priori de quoi embraser les consciences.


Rien de tout cela ne transparaît dans Before the full moon. La volonté transgressive deSeo Seh-chin est manifeste, mais le discours inexistant ; soyons plus mesurés : lorsque le réalisateur essaye d’exprimer une idée, c’est selon une perspective larmoyante qui enferme la collectivité des grévistes dans un carcan suspicieusement misérabiliste. Le documentaire montre pourtant les éléments positifs de cette situation de quasi insurrection - capacité des travailleurs à s’autogérer et à serrer les rangs malgré les défections légitimes. La lutte se déroule dans une forme de construction positive mais l’édifice s’écroule lamentablement sous les ors et matraques du trop classique « grand capital ». En revanche, Laurent Cantet peut ranger son plan de sauvegarde de l’emploi (Ressources humaines), la « grève héroïque » met les organismes à rudes épreuves. Des blessés graves, des morts, des conditions sanitaires exécrables (eau, gaz et électricité coupée par les forces de l’ordre entourant l’usine), des poches d’acides liquide larguées depuis des hélicoptères de la police, de l’harcèlement sonore, de la propagande brise-grève, etc. Si le combat de ce presque millier d’employés a été remarquable, la défaite sonne malheureusement comme la fin d’une « mini-Commune ». Et dieu sait que le socialisme français à mis plusieurs décennies à se remettre sur pied à la suite du désastre. D’ailleurs, une brève visite de la blogosphère du « Grand Soir » qui relate les évènements permet de constater que les spécialistes voient dans cet échec un signe annonciateur de vache maigre sur la planète revendications sociales.


La contrainte du réalisateur pour ce documentaire est évidente : retracer les évènements avec la plus grande fidélité. Pourtant, il semble se libérer de certaines règles de bienséances du cadrage objectif et distant. Premièrement, il se met directement en scène en train d’entrer par effraction dans l’enceinte de l’usine. A ce stade, le documentaire est presque irrémédiablement vicié ; on entre dans le spectacle. Deuxièmement, il fait un emploi douteux, pour ne pas dire moralement répréhensible, de la musique. Celle-ci est clairement employée dans certaines scènes pour renforcer l’intensité dramatique de ce qui se déroule. Troisièmement, le réalisateur donne son avis, inintéressant, à la fin du film. En substance cela donne « je n’ai jamais connu le licenciement, mais à les voir pleurer, ça a l’air dur » (les sous-titres étaient souvent imprécis, il se peut que le propos en coréen soit différent).

A la lumière de ce faisceau d’indice, on peut clairement reprocher au réalisateur de ne pas tenir de discours. L’excuse de l’objectivité est inopérante dans la mesure où elle finit toujours par profiter au camp le mieux fouraillé. Le contexte dans lequel le réalisateur s’est délibérément installé ne lui permettait pas d’ergoter finement sur des considérations macroéconomiques. Il s’est trouvé en plein du cambouis : il devait donc assumer une position de combat. Un documentaire c’est comme une dissertation : on cherche une problématique, on trouve une thèse, on construit un plan et on formule une proposition. Before the full moon ne formule aucune proposition. Or il semble possible de tenir pour vrai que l’humanité, ainsi constituée, aime qu’on lui mâche le travail en formulant des pistes politiques sous forme de bullet points. Nous restons fermes dans nos convictions : si aucune œuvre cinématographique ne change le monde, le cinéma présente l’inestimable faculté de désigner immédiatement l’évidence d’un état de fait. Malgré cela, le montage de Before the full moon reste excessivement poli. L’ardente obligation de réalisme, préambule exigeant du nouveau cinéma sud-coréen, ne saurait être prétexte à se pâmer devant la ligne désespérément plate d’un électrocardiogramme clinquant neuf. Prendre pour sujet cette grève, point de cristallisation d’un lourd fardeau de polémiques, était éminemment ambitieux. Il eût donc été de bon ton d’ôter ses gants de golfs et de plonger ses bras « jusqu’aux coudes […] dans la merde et dans le sang ».

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Rédigé par Kim Bong Park

mercredi 10 novembre 2010

Jour 1 - The Man from Nowhere, l'ouverture musclée du FFCF 2010

La pluie est un élément incontournable du décor parisien ces jours-ci. Mardi 9 novembre, je m’en serais pourtant bien passé. Ce soir-là, la 5ème édition du Festival Franco-Coréen du Film s’ouvrait avec un film évènement, The Man from nowhere, champion du box-office coréen de 2010 avec plus de 6.2 millions d’entrées au compteur. Pour un tel film, nul doute que la salle allait afficher complet. Malgré les craintes des organisateurs de ne pas avoir assez de place pour laisser entrer toutes les personnes détentrices d’une accréditation dont je fais partie, j’étais assez confiant quant à mes chances de rentrer. Mais je ne venais pas seul, et mon amie ne bénéficiant ni d’invitation, ni d’accréditation, ni de réservation par Internet, j’ai pointé le bout de mon nez à l’Action Christine, lieu de l’évènement, plus d’une heure trente avant l’heure officielle de la soirée d’ouverture, pour être sûr que si seule une place était à vendre ce soir-là, elle serait pour celle qui m’accompagnait.

Me voici donc, bientôt rejoint par la demoiselle en question, à attendre une heure devant l’Action Christine, calé sous mon parapluie, premier des spectateurs arrivé. Une heure sous la pluie, ça peut être long, mais lorsque après avoir déjà couvert le festival l’année dernière, après quelques années à fréquenter le Centre Culturel Coréen de Paris, et après avoir assisté à toutes les projections de films coréens qui se font de temps en temps ici ou là à Paris, l’attente est émaillée de retrouvailles diverses et variées avec des têtes connues. Voici l’un des charmes non dissimulés du Festival Franco-Coréen de Paris : coréens et parisiens s’y côtoient joyeusement et amicalement. De temps en temps, je discute un peu avec les des membres du staff, prenant des nouvelles sur les possibilités de voir mon amie participer à l’ouverture avec moi. « Allez, dites-moi que vous aurez assez de place pour elle ».

Finalement l’attente est récompensée, et nous rentrons tous deux dans la salle. Les parapluies sont repliés, les manteaux retirés, et la soirée d’ouverture peut commencer. Une succession de discours de différents membres du staff et de partenaires du festival. Un poil long, mais c’est un cérémonial inévitable, et souvent assez drôle, pour une ouverture de festival. Le soulagement d’être entrés à deux dans la salle, après plus d’une heure de doutes sous la pluie, incite de toute façon à profiter de chaque instant avec plaisir. Lorsque le Festival Franco-Coréen du Film, cinquième du nom, est officiellement déclaré ouvert, la fête peut commencer. Une semaine de cinéma coréen, de longs-métrages inédits, de courts-métrages d’inconnus et de stars du cinéma coréen, d’hommage et de vieux films d’action. Une semaine au rythme intense du cinéma coréen. Une semaine comme je les aime.

Une semaine qui commençait donc par The man from nowhere. Un titre international à portée énigmatique visant à l’évidence à étoffer un titre original plus simple mais parfaitement évocateur, 아저씨 (prononcez « ajeochi »), “monsieur” en coréen. Le « monsieur » en question est un prêteur sur gages vivant dans un immeuble populaire de Seoul. Peu bavard, notre héros a pour voisine une danseuse toxicomane, fricotant avec le milieu interlope du quartier mais prenant peu soin de sa fille. Celle-ci, une dizaine d’années, aime la compagnie de son voisin mutique et mystérieux. Mais les mauvaises fréquentations de sa mère vont bientôt l’arracher à son quotidien. La danseuse a doublé une bande de malfrats dans un trafic de drogues, et ceux-ci ne tardent pas à mettre la main sur elle et sa fille. Le prêteur sur gages, qui n’apprécie pas du tout que des truands s’en prennent à la petite, va tout mettre en œuvre pour sauver celle-ci.

Les organisateurs du FFCF ont le chic pour ouvrir la manifestation avec un film punchy. L’année dernière, c’était le coup de poing Breathless qui lançait le festival. Cette année, si c’est un blockbuster qui fait l’ouverture, il n’en s’agit pas moins d’une œuvre sombre et violente. Car le fameux Man from Nowheredu titre n’est pas un simple prêteur sur gages, on s’en rend très vite compte. L’homme a à l’évidence un passé qui va lui permettre de faire trembler tous les truands qui vont se mettre sur son chemin. Imaginez Steven Seagal dans Piège en haute mer, le cuistot invincible qui met à genou tout un bateau de terroristes. Eh bien, toutes proportions gardées, il y a de ça dans The man from nowhere. D’où une certaine jubilation, car lorsque la maitrise est au rendez-vous, un superman qui n’a l’air de rien faisant plier des méchants peut faire plaisir à voir, et c’est souvent le cas ici. Et le garçon ne fait pas les choses à moitié face aux trafiquants de drogue et d’organes.

Le fait que l’on soit dans un film coréen et non hollywoodien apporte quelques charmes de plus. Notamment cette propension à tisser des personnages dans l’excès total. Pas notre homme bien sûr, mais ceux qui se mettent en travers de sa route, qui confèrent parfois au grand-guignolesque pour notre plus grand plaisir. Le film a des travers, tout de même. Non les filles, je ne dirai pas du mal de Won Bin, l’idole des coréennes (« Pas que !! » me diraient certaines amies j’en suis sûr), qui se révèle convaincant sous les traits du protagoniste et fait le grand écart après son excellente interprétation du fils suspect dans le Mother de Bong Joon Ho.

Non, les limites de The man from nowhere se situent ailleurs. Dans les facilités scénaristiques dans lesquelles il tombe parfois, dans la lisibilité un peu trop évidente de l’intrigue qui rend le film tout à fait prévisible (j’ai beau chercher un ressort narratif qui m’a surpris, je ne vois pas). Dans le larmoyant que le réalisateur Lee Jeong-Beom ne parvient pas à éviter, tout du moins à atténuer. Oui, si le film est une quête, un suspense dans les milieux malfamés de Seoul, il reste malgré sa noirceur et sa violence dans le registre du divertissement. Il manque au film l’ambigüité, certainement, pour s’ériger au-delà du carcan du divertissement. Il y avait peut-être également un pan du scénario à développer à travers le personnage de l’homme de main vietnamien du bad guy en chef, un personnage malheureusement sous-exploité qui aurait pu donner lieu à une lutte quasi fratricide à la manière des polars HK. Mais je préfère mille fois voir un film coréen comme The Man from nowhere, affichant mal son ambition scénaristiquement mais efficace dans la catégorie dans laquelle il joue, plutôt qu’unNo Mercy dont les talents associés n’ont à l’évidence pas la carrure de l’ambition qu’ils voudraient avoir.

La lumière rallumée, il était évident que le film d’ouverture avait plu. De l’action, du frisson, des sentiments, et un Won Bin comblant probablement les attentes des spectatrices qui attendaient de le voir sur grand écran. L’année dernière, le Festival Franco-Coréen du Film avait dégainé son meilleur film dès l’ouverture. Cette année, le premier film a fait son effet tout en promettant que finalement, le meilleur est certainement à venir. Et c’est très bien ainsi.

Jour 1 - Ouverture du 5ème Festival Franco Coréen du Film/5th French-Korean Film Festival Opening




Du 9 au 16 novembre 2010 à Paris, ce sera l'occasion de réviser ses classiques coréens et de découvrir les nouveaux cinéastes de ce pays lors du 5ème Festival Franco Coréen du Film.

From 9 to 16 November 2010 in Paris, this will be the best time to revise its Korean classic films and to discover new filmmakers from this country at the 5th French-Korean Film Festival.
More in English >>

Créé en 2006 par des coréens et des français passionnés de cinéma coréen, le Festival affichera cette année une douzaine de long métrages de fiction et de documentaire ("Earth’s Women", Land of Embers", "My Dear Enemy", "Taebaek, "The Man from Nowhere"), une quinzaine de courts métrages, une master Class (avec Ryoo Seung-wan, spécialiste de films d'action), une rétrospective de films d’action des années 70, etc..

Un festival à ne pas manquer donc et que Bulles de Culture, partenaire blogueur de l'évènement, suivra quotidiennement.

Enjoy!

jici

Site officiel du festival : http://www.ffcf-cinema.com.






Created in 2006 by Korean and French young people who love Korean cinema, the festival will show this year a dozen feature films and documentaries ("Earth's Women", "Land of Embers", "My Dear Enemy", "Taebaek", "The Man from Nowhere"), a dozen short films, a master class (with Ryoo Seung-wan, a specialist in action movies), a retrospective of action movies of the 70s..





A festival not to be missed and that Bulles de Culture, blogger partner of the event, will follow daily.

Enjoy!

jici

Festival official website: http://www.ffcf-cinema.com.

Jour 1 - FFCF 2010 - The Man from Nowhere - Film d'Ouverture

The Man From Nowhere

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Mardi 9 novembre à 19h, Samedi 13 à 17h (Action Chrisitine), 119 minutes.

Réalisation : Lee Jeong-beom (son second film à 29 ans)

Scenario : Lee Jeong-beom (le premier draft a été validé après 3 mois seulement puis réadapté selon le casting, notamment le rôle principal : initialement un agent nord coréen de 60 ans)

Casting : Won Bin (qui a définitivement validé son billet Première Classe avec Mother et qui du coup a pu mettre la pression pour obtenir le rôle), Kim Sae-ron (petite fille qu'on a pu voir dans Une Vie toute neuve de la franco-coréenne Ounie Lecomte).

En gros : Gros succès au box-office coréen cet été (il aurait mis Inception au tapis), ça sent le déjà vu très sympa : un ancien "agent" sort de sa retraite pour sauver une petite fille avec qui il s'était noué d'amitié et affronte le crime organisé pendant que son passé ressurgit. Le trailer est sympa et, en plus, on peut apercevoir le héros fatigué trainer sur l'autoroute une hachette à la main. Ah les outils dans le cinéma coréen...

A PRIORI : tout réalisateur coréen qui veut toquer à la porte du Panthéon se doit de passer par un film de vengeance ou un thriller violent, quoique pas très finaude (surtout la seconde partie) la bande annonce est alléchante et rares sont les films qui peuvent se vanter d'avoir mis une raclée à Inception cet été : de quoi se laisser tenter mais attention à l'excès d'enthousiasme, placer trop d'attentes sur le film risquerait de le tuer dans l'oeuf.

Normalement on y sera mardi et on en reparlera ! C'est bon on a été le voir, et voici le compte-rendu de l'ouverture du FFCF.

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17h15 : Joy Means Sick et Sans Congo se présentent aux portes de l’Action Christine. Quelques minutes plus tard, le temps pour JMS de déployer son mètre quatre-vingt dix pour aider à coller des affiches, ils se retrouvent affublés de leurs accréditations, fiers comme des pinsons. Oui mais voilà, il est 17h30, le film ne commence que dans deux heures et il pleut. Ils partent donc en quête de casse croûte afin de calmer leurs estomacs avant la séance.

18h : une fois leur panier repas constitué, les deux compères sont de retour : on les a prévenus, il y aura du monde. Une heure avant on compte déjà une petite vingtaine de personnes, pas question de se faire sucrer leur avant-première. Ils restent donc solidement plantés entre le relais château Christine et le cinéma, attendant de pied ferme l’ouverture des portes.

19h : deux longues files d’attente s’étendent de part et d’autre du cinéma. A droite, les privilégiés, invités et accrédités. A gauche, la plèbe, réservations internet et téméraires, et… JMS et SC, la carte FFCF sur le torse, dans un élan de justice sociale. Le geste n’est pas compris, on nous remet à notre place, à droite. En tout on compte de quoi remplir facilement trois fois la salle, une petite dizaine de caméras (dont une chaine télé coréenne) et quantité d’appareils photos numériques. On prend un peu de retard mais personne ne s’énerve. Hôtes et hôtesses sont souriants, on est accrédités, on la joue relax et on finit par entrer. Ce ne sera pas le cas de tout le monde. Bien tenté les mecs, on pense à vous.

Voici venu le temps de faire une petite dédicace à Dong-suk Yoo, le directeur artistique du festival, et surtout un homme de goût : c’est lui qui nous a invités à être Daily Bloggers. Merci donc DSY, et puis le costume : bogoss. C’est ce même DSY qui fait la majeur partie du speech d’ouverture, les personnalités défilent, on ne va pas s’étendre. On notera juste que selon le goguenard responsable en France d’Asiana Airlines, le FFCF veut devenir le plus grand festival du monde (comme leur entreprise) et que The Man From Nowhere a fait, selon la présentation, 7 millions d’entrées en Corée. Et merde, ça sent lehappy-end.

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Et puis le film commence, par un crochet. Il s’ouvre sur un fond noir que déchire une flamme allumant une cigarette. Un visage se détache du fond indifférencié, un peu occupé, un peu distant, un peu ennuyé. The Man from Nowhere essaye de ne pas se faire repérer par le physio dans la queue devant la boîte de nuit la plus select des années 2000,Les thrillers sud-coréens. Une descente de flic dans une discothèque, une baston en bonne et due forme, un gros gorille éclaté par un inspecteur un peu vénère et une meuf qui met un coup de taser avant de se faire la malle avec la marchandise. On tend l’oreille pour voir s’il n’y a pas du Nina Simone en fond sonore tout en guettant la moustache de Collin Farrel. Ah Miami Vice… Nulle trace de Won Bin pour l’instant, normal, l’intrigue part sans lui et c'est en le bousculant qu’elle le fera entrer dans la danse. Sauf que là on n’est pas dansGrease. C’est bon, le film est bien sapé et le physio aime bien sa gueule, il gagne son sésame : on se glisse doucereusement dans nos fauteuils, ça va mordre de la trachée.

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Quand on veut voir un bon match de football, on regarde du côté de Barcelone ; mais quand on veut se frotter à un bon thriller, il semble de plus en plus évident que c’est à Séoul qu’il faut chercher. La Corée du sud est en train de déposer une belle franchise sous ce label, et The man from Nowhere est complètement dans le tempo. Le seul bémol, paradoxalement, réside dans son immense succès au box-office qui est le signe que le film est une tragédie inachevée. Nous disions dans un de nos articles qu’il n’y avait pas dehappy-end dans la cosmologie sud-coréenne. Ici, c’est en partie faux. En même temps, on croule sous des trombes de malheur du début jusqu’à la fin. Les héros ont la poisse accrochée jusqu’aux os, donc un bon petit rayon de soleil en épilogue, ça soulage un peu tout le monde.

Forcément, après avoir fait le forcing pour faire le film, Won Bin se devait de soigner son entrée. Et franchement ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Won, sérieux, la mèche constamment sur l’œil, c’est tout much, ça fait plus Star ac’ qu’ex-agent des forces spéciales. Enfin bon, même s’il ne joue du coup qu’avec la moitié du visage, il le fait plutôt pas mal et monte en puissance progressivement. Mother n’était donc pas un coup de pot, le mec est doué. Et puisque l’on parle des acteurs, saluons tout de suite la performance deKim Sae-ron, troublante dans son rôle d’enfant abonnée par tous (on affectionne le terme « troublante », ça fait très critique de cinéma).

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Au-delà, The Man from Nowhere est un pur thriller élégant et racé. Du tonus, du cœur, de l’envie : tout ce qu’on aime. Aucun personnage, même les secondaires de secondaires, ne semble avoir été écrit par la petite sœur du scénariste. Nous lui en savons gré, bien évidemment. Tae-shik (Won bin) est un antihéros placide dans la droite lignée de ces illustres prédécesseurs en la matière. D’ailleurs, les thrillers sud-coréens ont semble-t-il dépassé le paradigme tarantinesque du gangster en costume noir ajusté, chemise blanche, lunette noire, cravate fine. En Corée du sud, l’âme damnée est un peu plus extrême, tout en restant sobre : costume noir, chemise noire, outil de bricolage à la main (hache, marteau, comme vous voulez). Tae-shik c’est personne, un Ulysse perdu dans une odyssée infernale et lugubre. On passe sur les détails mais ça donne : trafic d’organes, de drogue, enfants séquestrés, et épouse écrasée par un six tonnes.

Le film se déroule ensuite de façon plus ou moins éclatée (on suit différent points de vue) mais, loi de la gravité oblige, on colle de plus en plus aux basques de Won Bin, the man from nowhere is now everywhere. Le tout est très bien fait, calibré, efficace. On n’atteint quand même pas les sommets d’un Oldboy, d’un The Chaser ou encore d’unMemories of Murder, et surtout le film se sacrifie finalement sur l’autel de la rentabilité. Mais globalement on ne va pas faire la fine bouche.

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Pour ce qui est du syndicat du crime, c’est une bande de joyeux gai-lurons. Ce qui invite à méditer sur cette sentence : les méchants les plus méchants sont aussi ceux qui ont l’air les plus sympas. Reprenant à son compte le théorème du Joker, le réalisateur fait du duo maléfique un couple drolesque et pince-sans-rire qui gonfle un peu le film de quelques bouffées d’oxygène parfois salutaires. Les policiers aussi, dans leur relative incompétence, sont l’occasion de déconner un petit peu. A noter également que le schéma classique du héros qui mène son enquête parallèlement à celle de la police est scrupuleusement respecté ici. Plus largement, The man from Nowhere semble clairement en communication avec The Chaser. Et la plante de Tae-sik amène inévitablement à voir une passerelle avec Léon, et Natalie Portman, notre première amoureuse.

Sinon très grosse dédicace à la scène du saut par la fenêtre en un seul plan ! On est avec Won Bin dans le couloir, on passe avec lui à travers la vitre et on atterrit avec lui. Tout simplement génial, incroyable, un direct au foie qui sonne pendant cinq bonnes minutes. Après une brève enquête sur l’Internet, il semble que le caméraman et Won bin, attachés à deux cordes, sautent tous les deux par la fenêtre. La scène a été filmée en plusieurs prises (tu m’étonnes…). Et c’est pas tout, on notera aussi une nouvelle façon d’utiliser un sèche-cheveux, un face à face extrêmement stylé entre deux supers guerriers au milieu des basses et des lasers d’une boite de nuit, des scènes de baston au top du hip-hop, et une alternance élégante de scènes méchamment sanglantes et de petits passages comiques. On met à part les deux scènes qui entourent le départ de la « grande sœur » exploitée par les méchants chinois : on nous dit qu’elle rentre chez elle alors qu’on sait tous bien qu’elle ne fait que franchir une étape dans le malheur… Et pourtant, ici on se place du point de vue des autres enfants, comme si on y croyait. On adopte un ton qui serait presque heureux, les adieux se font sans larmes, sans musique triste et c’est d’autant plus cruel à regarder. La sobriété ça paye, et ça s’applaudit.

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Quelques nuances cependant : la musique, vraiment pas top voire franchement chiante, les passages de flash-back pas très subtils (grosse lumière blanchâtre, tons clairs, ralentis, sourires niais… héhé si tu savais ce qui t’attend) et puis la fin : sans elle jamais le film n’aurait fait ses 7 millions d’entrées, avec elle jamais il n’entrera au Panthéon. Tristes tropiques. En tous cas, n’hésitez pas à aller voir le film samedi 13 novembre, ça vaut le coup !

TRAILER


L'idéal pour se faire un a priori par vous-même, ce serait de regarder Cruel Winter Blues, le premier film de Lee Jeong-beom, sur Youtube (dans un méchant format 4/3 qui en découragera certains). Perso, on ne l'a pas encore vu.


Liens :

- Fiche FFCF

- Fiche London Korean Festival

- Site Officiel (anglais)

- Topic sur le forum Mad Movies


Rédigé par Kim Bong Park

FFCF Daily Bloggers 2010 !!

Suite à notre première expérience l'année dernière, les Daily Bloggers sont de retour pour le FFCF 2010 !

Voici la liste des Daily Bloggers FFCF 2010 :


C'est parti !!
Bon festival !

dimanche 4 juillet 2010

Retard de l'annonce des films sélectionnés / 선정작 발표 지연

En raison du nombre très élevé de films ayant répondu à notre appel,
nous n'avons pas pu prendre la décision avant le début juillet comme prévu.

Victime de son propre succès, le Festival Franco-Coréen du Film
demande pardon à ceux qui nous ont envoyé leur film.

La liste des films sélectionnés sera annoncée directement par e-mail aux réalisateurs-candidats,
le 21 juillet pour les courts-métrages et le 28 juillet pour les longs-métrages.

Par contre, elle ne sera rendue publique que mi-octobre sur notre site d'Internet.


출품된 작품 수가 예상외로 많아 예정되로 7월초에 선정작을 발표하지 못하게 되었습니다.

이도 또한 영화제 발전의 증거이기도 하겠으나, 출품해주신 분들에게는 기다리게 해드려 대단히 죄송합니다.

최종선정작 리스트는 출품작 감독님들에게 직접 이메일로 공지될 예정이며,
단편의 경우에는 7월 21일, 장편의 경우에는 7월 28일까지 메일이 발송될 것입니다.
선정작 리스트는 10월 중순에 사이트를 통해 공개될 예정입니다.

많은 성원 감사드리며, 발표 지연으로 불편을 드려 죄송합니다.

lundi 7 juin 2010

Blog du Blogger Daily se transforme en Blog officiel du FFCF!

Notre blog du Blogger Daily a changé de nom.

Désormais, il s'appelle Blog officiel du FFCF et vous pourrez y trouver les dernières nouvelles du Festival Franco-Coréen du Film.

Avant de tourner la page, tout de même, un petit résumé de la dernière édition du FFCF en quelques points :

1. Palmarès :

Le Prix du jury Jeune public

Long-métrage - Potato Symphony de Jeon Taek


Long-métrage Mention spéciale - My Friend & His Wife de Shin Dong-il



Court-métrage : Too Bitter to Love de Gone


2. Les interviews téléphoniques des réalisateurs primés :


3. L'interview du réalisateur Im Kwon-taek à propos de ses deux films présentés à la section KOFA-FFCF Classiques :


....

Et maintenant, cap vers la 5e édition !!