vendredi 12 novembre 2010

Jour 2 - My Dear Enemy - Road Trip à Séoul ? (FFCF 2010)

My Dear Ennemy, Lee Yoon-ki, 2008, 123 min.
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my dear enemy
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Mercredi 10 novembre à 21h
Samedi 13 novembre à 20h
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Quelques infos:

- On a récemment pu voir Jeon Do-yeon dans The Housemaid de Im Sang-soo, elle a aussi reçu le prix d'interprétation féminine à Cannes pour Secret Sunshine.
- Ha Jeong-woo, ça ne vous dit peut-être rien, mais si on vous dit "le ouf dans The Chaser", tout de suite vous avez les pupilles qui brillent nan?
- La filmographie de Lee Yoon-ki, on peut voir que c'est un habitué du genre rien qu'aux titres : Breakfast at Tiffany's, Ad-Lib Night, Love Talk, This Charming Girl (lles Riri, Fifi et Loulou de la romance en gros)
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Avant d'y aller on se disait :
"Je crois que c'est un road trip qui ne va pas très loin, c'est à dire qu'on pousse au mieux jusqu'aux portes de Séoul. Et pourquoi me direz-vous? Et bien parce Hee-soo, "une trentenaire sans emploi", a décidé de remettre la main sur son ex , Byoun-woon qui lui doit de la maille. Et ouais en période de vache maigre, il ne fait pas bon avoir des dettes. Mais comme Byoung-woon est sec comme une chips déshydratée, il se tourne à son tour vers des copines qui seraient prêtes à le dépanner. Hee-soo sent le coup foireux : "Ouah trop cool de te revoir ! L'argent . Oui bien sûr, je suis fauché mais j'ai des copines qui vont m'aider". Mouais, elle décide de lui coller aux basques et ils s'engagent tous les deux dans les rues de Séoul. A tous les coups, sur la route de l'or, ils vont tomber sur Miss Nostalgie et Mac Amour... Ouais bon je sais tout ça on s'en tape, le plus important c'est qu'il y a une affiche grand cru : le psycho de The Chaser, Ha Jeong-woo, et une actrice palmée : Jeon Do-yeon !!!"
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TRAILER
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Et maintenant, finies les conjectures, le film est passé hier à 21h, on y était.

Commençons par une petite remarque, autant pour assister à la cérémonie d’ouverture il fallait venir deux heures avant et prier si vous n’aviez pas de billets, autant maintenant ça ne sert à rien : a priori vous pourrez vous asseoir et surtout les ouvreuses de l’Action Christine ne vendent pas les places à l’avance. Et puisqu’on est dans le paratexte, deux mots sur l’intro de Pierre Ricadat avant la projection du film : la traduction exacte du titre coréen serait plutôt « une journée extraordinaire », c’est le 4ème film de Lee Yoon-ki et il parle rapidement des projections de demain : pour bien comprendre Crazy Lee il faudrait voir les films auxquels il fait référence : les films d’action coréen des années 70 comme ceux que l’on peut retrouver à l’affiche du festival. C’est noté.

My Dear Enemy, c’est l’art du contre pied. Premièrement parce que le festival a commencé par son anti-thèse : The Man from Nowhere. Ensuite le casting : autant Jeon Do-yeon on l’a déjà vu dans ce registre et elle a même été récompensée à Cannes pour ça (tremblante du début à la fin, toujours sur la brèche) autant Ha Jeong-woo, pour nous autres occidentaux, c’est surtout The Chaser. Pendant les premières minutes du film, difficile d’oublier le marteau, le pic à glace, les cadavres dans le jardin. Son personnage a beau être tout gentil, touchant même à la fin, moi je ne lui ferais plus jamais confiance à ce type.

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Avant de voir le film, on parlait d’un road-movie qui n’allait pas bien loin, les mots étaient bien choisis, mais pour de mauvaises raisons. Explications : s’il ne va pas bien loin (à tous les sens du terme), ce n’est pas qu’il n’y arrive pas, c’est qu’il ne le souhaite pas. My Dear Enemy est un mauvais titre, Une Journée Extraordinaire un peu moins, mais toujours trompeur. En même temps c’est plus aguicheur qu’ « Une journée presqu’ordinaire ». My Dear Enemy c’est l’anti-téléfilm, ce n’est jamais accrocheur et encore moins racoleur. On reste sur des légères variations sur un thème toujours identique. On passe la journée avec nos deux personnages principaux, on les suit à travers les rues de Séoul, il ne se passe pas grand-chose. C’est comme un sample qui passe en boucle avec d’imperceptibles évolutions : ils se rendent chez une connaissance de Byoun-woon, ils discutent un peu, elle boude, il essaie de la faire rire. Ils repartent avec de l’argent. Petit à petit on commence à comprendre, à les connaitre. Rien ne nous est dit, rien ne nous est donné, c’est un exercice d’observation sur œuvre naturaliste. Et comme c’est du bon cinéma : on montre, on ne dit pas (à part quand même l’intrusion ponctuelle et énigmatique d’une voix off).

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Il faudrait aussi parler de la bande-son, extrêmement intéressante. Ici le souci de réalisme est poussé très loin, les bruits de la ville ne sont jamais couverts : même dans les scènes d’appartements on entend les moteurs étouffés des voitures qui passent. Tous les extérieurs semblent tournés sur place, avec un contrôle très léger de l’environnement. Franchement, entendre au cinéma le bruit des dizaines de caddies accrochés les uns aux autres que déplace une employé de supermarché au milieu d'un dialogue, on n’est pas habitués. Alors c’est sûrement fait exprès (sinon le perche-man a du perdre un tympan), mais cet instantané factice de la vie moderne est vraiment bien fait. Il y a bien un peu de musique, toujours un peu jazzy, mais elle ne sert quasiment qu’à ponctuer le récit, dans les périodes de translations, le passage d’une scène à une autre, comme on met de la musique dans sa voiture.

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Evidemment la volonté de réalisme ne s’arrête pas à la bande-son. Road movie? On voyage dans Séoul certes, mais pas dans le bus pour touristes. Pas de cartes postales, on mange au KFC, on prend le bus et le métro et en plus il fait moche. Pas vraiment en road movie sur la road 66 avec un coucher de soleil en ligne de mire. Par contre le réalisateur ne fait pas l’erreur de faire un faux film documentaire. La mise en scène est assumée, les angles de prises de vue parfois très marqués et à part cette lumière jaunâtre au début du film, il n’y a pas grand à chose à redire. Les personnages sont très bien écrits : ils jouent un rôle, mais pas un rôle de cinéma. Lui accepte toutes les humiliations, sourient encore et toujours, veut voir les gens heureux. Il a du succès avec les filles, il est généreux, jamais prétentieux. Chaine de Ponzi de la solidarité et d'une belle naïveté, il emprunte à 10 pour en aider 1 et pendant deux heures il fait le clown pour arracher un sourire à Hee-soo, incarnant ainsi sa philosophie de vie : « tout dépend de la façon dont on voit les choses : si tu veux que ce soit bon, alors c’est bon». Elle, elle a toujours la larme à l’œil, on sent très bien qu’elle n’est pas venue que pour l’argent, on sait qu’ils sont sortis ensemble il y a quelques temps, peut-être qu’elle avait simplement besoin de le voir. Alors il joue le rôle qu’on attend de lui, celui du gentil garçon, puéril, amusant, que l’on ne veut pas voir sérieux parce que ça nous met mal à l’aise. Et ils passent la journée, et lentement, subtilement, les choses évoluent et elle laisse échapper quelques sourires... Alors vous l'aurez compris, les notions de twist final, de climax et compagnie, ce n'est pas pour ce soir.

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En résumé, My Dear Enemy, c’est l’exact opposé de The Man From Nowhere, que ce soit aux niveaux du rythme, du ton, de la dramaturgie, des personnages, etc. Deux bons films extrêmement différents, l’un sera peut-être jugé bien foutu mais un peu facile, l’autre intéressant mais assez chiant. Peut-être, mais pas par nous. Un point commun par contre : les stars annoncées répondent présentes.

PS : pour ceux que ça travaillerait, la somme due par Byoon-woo, 3 500 000 wons, équivaut à peu près 2300 €.

PS2 : Les" Riri, Fifi et Loulous de la romance", on a bien envie de les voir maintenant.


Rédigé par Kim Bong Park

jeudi 11 novembre 2010

Jour 2 - Un pas de plus vers la mer, Bong Joon-Ho et Na Hong-Jin au FFCF 2010

Ca y est, après l’ouverture tout en action de la veille, le Festival Franco-Coréen du Film, 5ème du nom, entrait pleinement dans le vif du sujet mercredi. Parmi les nombreuses possibilités du jour, j’ai jeté mon dévolu sur trois films, ou plutôt deux long-métrages et un programme spécial de courts-métrages. Du dernier film de la journée, My dear enemy, je ne parlerai que plus tard dans un billet séparé. Avant cela, je vais me pencher sur le cas de One step more to the sea, « Un pas de plus vers la mer », et des courts-métrages.

Un premier film de la sélection 2010 projeté dans l’après-midi devant un public bien trop rare, voilà qui tranchait avec l’effervescence de la veille. La marge de progression est encore importante pour la fréquentation du festival au cours des séances de journée, à l’évidence. En attendant, le cinémaniaque que je suis peut au moins s’installer tranquillement à la place qui lui chante dans la salle. L’héroïne deOne step more to the sea se prénomme Won-Woo. Lycéenne, elle vit dans une maison avec sa mère et sa grand-mère. La relation entre la mère et la fille s’avère souvent tendue, Won-Woo supportant assez mal que sa mère la couve tant. Il faut dire que la jeune fille souffre de narcolepsie. Elle s’endort sans crier gare où qu’elle soit, en classe, dans la rue ou chez elle. Elle s’en trouve marginalisée au lycée, et donc trop protégée à son goût par sa mère. Mais celle-ci a quelqu’un d’autre que sa fille en tête ces derniers temps. Un professeur de photographie plus jeune qu’elle qui lui tourne autour…

Si la narcolepsie a inspiré la comédie française par le passé avec le Narco de Gilles Lellouche et Tristan Aurouet, ce n’est pas la voie qui intéresse la jeune réalisatrice Choi Ji-Yeong dont il s’agit ici du premier long-métrage. Son film à elle est une étude de caractères. Une chronique familiale explorant les relations entre une mère et sa fille, des relations alternant amour et conflit dans un cadre calme, quasi hors du temps. Les hésitations se succèdent : la mère reproche à une amie de regarder les hommes plus jeunes qu’elle, puis laisse l’un d’entre eux flirter ouvertement avec elle ; la fille voudrait que sa mère se trouve un mec pour qu’elle la laisse respirer un peu, mais supporte mal de découvrir que celle-ci sort effectivement avec un homme sans lui dire.

Les relations mère/filles inspireront éternellement le cinéma, mais One step more to the sea ne restera pas parmi les films les plus indispensables sur le sujet. Certes il y a une délicatesse touchante dans le film de Choi Ji-Yeong, un véritable amour de ses personnages de marginaux des relations humaines. Mais le cardiogramme reste un peu trop plat pour vraiment emporter l’adhésion et l’émotion nécessaire. On évolue ici en terrain trop balisé pour qu’un quelconque embrasement s’opère.

Bien m’a pris de m’engouffrer plus tard dans la journée dans la salle 2 projetant une des séances spéciales de l’édition 2010 du festival. Là il y a avait du lourd, à petite échelle, mais du lourd. Les séances spéciales sont une nouveauté de la 5ème édition du FFCF, une série de films sur une thématique commune. Pour inaugurer cette section, les organisateurs du festival ont choisi de programmer des courts-métrages de réalisateurs de premier plan du cinéma coréen actuel : Bong Joon-Ho,Na Hong-Jin, Park Chan-Wook, Hong Sang-Soo, Yang Ik-Joon.

Les courts-métrages que j’ai vus mercredi étaient ceux de Bong Joon-Ho et Na Hong-Jin. Et autant le dire d’emblée, ces messieurs ont aussi du talent sur le format court. Le programme consiste en deux films de chaque réalisateur : Influenza etIncohérence pour Bong, Sweat et A perfect red snapper dish pour Na.

Influenza est sans doute le plus étrange des quatre. D’une durée de trente minutes, le film est constitué de vidéos de caméras surveillance. Celles d’une banque, des toilettes du métro, d’une épicerie et d’autres lieux du même acabit à travers lesquelles le réalisateur de Memories of Murder filme des agressions pour le moins insolites. En découlent des séquences mémorables où à l’absurdité se dispute le cocasse, toujours avec un ton digne du talent du réalisateur.

Le second court de Bong, plus vieux de dix ans (le premier date de 2004) présente une approche différente pour un résultat tout aussi réussi.Incohérence est découpé en trois chapitres plus un épilogue. Le premier chapitre suit un professeur en psychologie aimant lire Penthouse entre deux cours. Le second chapitre suit un jogger mesquin cherchant à éviter le chemin d’un livreur de journaux ayant une dent contre lui. Le dernier suit un homme en costard cravate sortant d’une soirée arrosée bien éméché et avec des maux de ventres terribles qui vont lui faire parcourir le quartier à la recherche de toilettes. Dans son amusant épilogue qui donne tout son sens au propos du film, les protagonistes des trois chapitres sont réunis.
Incohérence est une pure comédie qui dénonce avec une géniale simplicité l’hypocrisie de ceux qui ont le pouvoir vis-à-vis des « petites gens ». Le film a beau dater de 1994, l’attaque est toujours pertinente et amusante.

L’enchaînement avec le premier des courts-métrages réalisés par Na Hong-Jin est d’ailleurs assez fluide. Intitulé Sweat, « sueur », le film de 12 minutes seulement met en opposition un homme vivant à l’évidence dans l’aisance, propre et tiré à quatre épingle, et une poignée d’hommes et de femmes de classes sociales inférieures, chauffeur, ouvrier… Il ne s’agit pas là d’une opposition physique, mais d’un exercice de style où la sueur symbolise le dur labeur mal récompensé face à la netteté d’un certain type d’hommes qui ne sue qu’au lit pour une partie de jambes en l’air. Au début, l’exercice semble vain, mais au fil des minutes, la beauté des images est rejointe par cette observation sociétale peut-être facile mais donnant du sens à un bel exercice.

Mais la courte pépite de Na Hong-Jin est le film qui clôt ce programme spécial de courts-métrages, A perfect red snapper dish, ou comment un cuisinier se voit commander une préparation parfaite d’un poisson dont le nom coréen est lutjanidae. Pendant neuf minutes (à l’écran), le cuisinier va ainsi concocter une recette parfaite… mais recommencer une fois, deux fois, trois, quatre… car à chaque tentative, un rouage de la préparation se grippe et il faut tout reprendre à zéro, mettant petit à petit le physique du cuisinier à mal. Un moment de comédie d’une saveur indéniable, caressant presque le burlesque, et mettant un point final à ce premier programme spécial en beauté.

Jour 2 - Before the full moon - La grève dévoilée d'un inside man (FFCF 2010)

Before the full Moon, Seo Seh-chin, 2009, 77 min.

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Quelques infos:

- le réalisteur est (était?) un journaliste plutôt de gauche (on s'en serait douté) donc si t'as ta carte des jeunesses de l'UMP tes cheveux risquent de se dresser sur ta tête. En même temps, sérieux, la raie au milieu ça t'allait pas.
- un petit article sur la grève sur le site de l'OCL. Là encore c'est forcément orienté mais au moins c'est assez complet : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?breve165
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Avant d'y aller, on se disait : "Alors là attention, faut se méfier de lui, ça sent le syndicaliste acharné, organisé, façon docker new-yorkais des années 1950. Seo Seh-chin est allé filmer les 15 dernières jours de la grève des ouvriers de Ssangyong Motors l'été dernier, sûrement un plan vacances qui a mal tourné. Toujours est-il qu'apparement la grève en question a fait du bruit et possède un petit potentiel dramatique intéressant (le malheur des uns...). L'usine a été occupée pendant 77 jours et comme les coréens ont un certain sens du spectacle ils ont fait les choses bien : le lieu a été encerclé de manière quasi continue et certains indices laissent à penser qu'il y aurait eu de la tape. On le sait, faut pas laisser des outils trainer à côté d'un coréen enervé. Du coup on se retrouve avec 3 bonnes raisons d'aller voir le film : 1/ c'est court (et ouais ça compte aussi en semaine de festival) - 2/ c'est l'occasion d'avoir un point de vue différent sur la vie en Corée (sans être la réalité pour autant, un documentaire ça se veut quand même plus réaliste qu'une fiction) - 3/ "l'histoire tragique et sanglante d'une usine en grève encerclée par une meute de policiers" ça aurait quand même fait un pitch sympa pour un film de Ryo Seung-wan".
Nous sommes donc allés voir ce documentaire pour voir de quoi qu'il en retournait. Sors les merguez Micheline.


Une grève de 77 jours avec sit-in grandeur nature dans l’usine de Pyeongtaek de Ssangyong Motors : c’est la Loft story sociale que propose le réalisateur dans Before the full moon. En gros, l’enjeu de cette grève, qui n’est pas clairement évoqué dans le documentaire, consiste à contraindre la direction de renoncer à son plan de licenciement massif en vue de la restructuration de la société. A noter que cette grève est intervenue dans un contexte de fortes contestations à l’encontre de la politique du gouvernement de Lee Myung-bak, Président de la République sud-coréenne. L’affaire est plutôt compliquée et décousue, tandis que le documentaire ne synthétise pas réellement les données de la situation de manière problématique. Pour avoir une bonne vue d’ensemble du cadre dans lequel s’inscrit l’occupation de cette usine, nous vous conseillons de vous référer à ce (long) récit : bataille socialiste.

Comme nous nous y attendions, une dizaine de personnes à tout péter dans la salle. C’est dommage parce que le fonctionnement de ce documentaire, par l’intrusion directe et furtive du réalisateur dans le lieu de la grève, n’est pas une démarche inédite. En 1990, le collectif marxisteJangsangotmae, nébuleuse d’étudiants créatifs et engagés, réalisait La Veille de la grève. Il s’agissait déjà de s’introduire dans les locaux d’une usine pour participer à une grève. Toutefois, le film de ce collectif était une fiction ; si la frontière avec la réalité est évanescente, il n’en reste pas moins que l’équipe du tournage a donné des directives aux grévistes « réels » et qu’elle a utilisé l’agencement des éléments de la grève dans le but de discourir de manière normative selon un schéma idéologique correspondant à une certaine forme de lutte des classes. Ainsi, que la référence fût à l’esprit du réalisateur ou non, ce documentaire avait a priori de quoi embraser les consciences.


Rien de tout cela ne transparaît dans Before the full moon. La volonté transgressive deSeo Seh-chin est manifeste, mais le discours inexistant ; soyons plus mesurés : lorsque le réalisateur essaye d’exprimer une idée, c’est selon une perspective larmoyante qui enferme la collectivité des grévistes dans un carcan suspicieusement misérabiliste. Le documentaire montre pourtant les éléments positifs de cette situation de quasi insurrection - capacité des travailleurs à s’autogérer et à serrer les rangs malgré les défections légitimes. La lutte se déroule dans une forme de construction positive mais l’édifice s’écroule lamentablement sous les ors et matraques du trop classique « grand capital ». En revanche, Laurent Cantet peut ranger son plan de sauvegarde de l’emploi (Ressources humaines), la « grève héroïque » met les organismes à rudes épreuves. Des blessés graves, des morts, des conditions sanitaires exécrables (eau, gaz et électricité coupée par les forces de l’ordre entourant l’usine), des poches d’acides liquide larguées depuis des hélicoptères de la police, de l’harcèlement sonore, de la propagande brise-grève, etc. Si le combat de ce presque millier d’employés a été remarquable, la défaite sonne malheureusement comme la fin d’une « mini-Commune ». Et dieu sait que le socialisme français à mis plusieurs décennies à se remettre sur pied à la suite du désastre. D’ailleurs, une brève visite de la blogosphère du « Grand Soir » qui relate les évènements permet de constater que les spécialistes voient dans cet échec un signe annonciateur de vache maigre sur la planète revendications sociales.


La contrainte du réalisateur pour ce documentaire est évidente : retracer les évènements avec la plus grande fidélité. Pourtant, il semble se libérer de certaines règles de bienséances du cadrage objectif et distant. Premièrement, il se met directement en scène en train d’entrer par effraction dans l’enceinte de l’usine. A ce stade, le documentaire est presque irrémédiablement vicié ; on entre dans le spectacle. Deuxièmement, il fait un emploi douteux, pour ne pas dire moralement répréhensible, de la musique. Celle-ci est clairement employée dans certaines scènes pour renforcer l’intensité dramatique de ce qui se déroule. Troisièmement, le réalisateur donne son avis, inintéressant, à la fin du film. En substance cela donne « je n’ai jamais connu le licenciement, mais à les voir pleurer, ça a l’air dur » (les sous-titres étaient souvent imprécis, il se peut que le propos en coréen soit différent).

A la lumière de ce faisceau d’indice, on peut clairement reprocher au réalisateur de ne pas tenir de discours. L’excuse de l’objectivité est inopérante dans la mesure où elle finit toujours par profiter au camp le mieux fouraillé. Le contexte dans lequel le réalisateur s’est délibérément installé ne lui permettait pas d’ergoter finement sur des considérations macroéconomiques. Il s’est trouvé en plein du cambouis : il devait donc assumer une position de combat. Un documentaire c’est comme une dissertation : on cherche une problématique, on trouve une thèse, on construit un plan et on formule une proposition. Before the full moon ne formule aucune proposition. Or il semble possible de tenir pour vrai que l’humanité, ainsi constituée, aime qu’on lui mâche le travail en formulant des pistes politiques sous forme de bullet points. Nous restons fermes dans nos convictions : si aucune œuvre cinématographique ne change le monde, le cinéma présente l’inestimable faculté de désigner immédiatement l’évidence d’un état de fait. Malgré cela, le montage de Before the full moon reste excessivement poli. L’ardente obligation de réalisme, préambule exigeant du nouveau cinéma sud-coréen, ne saurait être prétexte à se pâmer devant la ligne désespérément plate d’un électrocardiogramme clinquant neuf. Prendre pour sujet cette grève, point de cristallisation d’un lourd fardeau de polémiques, était éminemment ambitieux. Il eût donc été de bon ton d’ôter ses gants de golfs et de plonger ses bras « jusqu’aux coudes […] dans la merde et dans le sang ».

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Rédigé par Kim Bong Park

mercredi 10 novembre 2010

Jour 1 - The Man from Nowhere, l'ouverture musclée du FFCF 2010

La pluie est un élément incontournable du décor parisien ces jours-ci. Mardi 9 novembre, je m’en serais pourtant bien passé. Ce soir-là, la 5ème édition du Festival Franco-Coréen du Film s’ouvrait avec un film évènement, The Man from nowhere, champion du box-office coréen de 2010 avec plus de 6.2 millions d’entrées au compteur. Pour un tel film, nul doute que la salle allait afficher complet. Malgré les craintes des organisateurs de ne pas avoir assez de place pour laisser entrer toutes les personnes détentrices d’une accréditation dont je fais partie, j’étais assez confiant quant à mes chances de rentrer. Mais je ne venais pas seul, et mon amie ne bénéficiant ni d’invitation, ni d’accréditation, ni de réservation par Internet, j’ai pointé le bout de mon nez à l’Action Christine, lieu de l’évènement, plus d’une heure trente avant l’heure officielle de la soirée d’ouverture, pour être sûr que si seule une place était à vendre ce soir-là, elle serait pour celle qui m’accompagnait.

Me voici donc, bientôt rejoint par la demoiselle en question, à attendre une heure devant l’Action Christine, calé sous mon parapluie, premier des spectateurs arrivé. Une heure sous la pluie, ça peut être long, mais lorsque après avoir déjà couvert le festival l’année dernière, après quelques années à fréquenter le Centre Culturel Coréen de Paris, et après avoir assisté à toutes les projections de films coréens qui se font de temps en temps ici ou là à Paris, l’attente est émaillée de retrouvailles diverses et variées avec des têtes connues. Voici l’un des charmes non dissimulés du Festival Franco-Coréen de Paris : coréens et parisiens s’y côtoient joyeusement et amicalement. De temps en temps, je discute un peu avec les des membres du staff, prenant des nouvelles sur les possibilités de voir mon amie participer à l’ouverture avec moi. « Allez, dites-moi que vous aurez assez de place pour elle ».

Finalement l’attente est récompensée, et nous rentrons tous deux dans la salle. Les parapluies sont repliés, les manteaux retirés, et la soirée d’ouverture peut commencer. Une succession de discours de différents membres du staff et de partenaires du festival. Un poil long, mais c’est un cérémonial inévitable, et souvent assez drôle, pour une ouverture de festival. Le soulagement d’être entrés à deux dans la salle, après plus d’une heure de doutes sous la pluie, incite de toute façon à profiter de chaque instant avec plaisir. Lorsque le Festival Franco-Coréen du Film, cinquième du nom, est officiellement déclaré ouvert, la fête peut commencer. Une semaine de cinéma coréen, de longs-métrages inédits, de courts-métrages d’inconnus et de stars du cinéma coréen, d’hommage et de vieux films d’action. Une semaine au rythme intense du cinéma coréen. Une semaine comme je les aime.

Une semaine qui commençait donc par The man from nowhere. Un titre international à portée énigmatique visant à l’évidence à étoffer un titre original plus simple mais parfaitement évocateur, 아저씨 (prononcez « ajeochi »), “monsieur” en coréen. Le « monsieur » en question est un prêteur sur gages vivant dans un immeuble populaire de Seoul. Peu bavard, notre héros a pour voisine une danseuse toxicomane, fricotant avec le milieu interlope du quartier mais prenant peu soin de sa fille. Celle-ci, une dizaine d’années, aime la compagnie de son voisin mutique et mystérieux. Mais les mauvaises fréquentations de sa mère vont bientôt l’arracher à son quotidien. La danseuse a doublé une bande de malfrats dans un trafic de drogues, et ceux-ci ne tardent pas à mettre la main sur elle et sa fille. Le prêteur sur gages, qui n’apprécie pas du tout que des truands s’en prennent à la petite, va tout mettre en œuvre pour sauver celle-ci.

Les organisateurs du FFCF ont le chic pour ouvrir la manifestation avec un film punchy. L’année dernière, c’était le coup de poing Breathless qui lançait le festival. Cette année, si c’est un blockbuster qui fait l’ouverture, il n’en s’agit pas moins d’une œuvre sombre et violente. Car le fameux Man from Nowheredu titre n’est pas un simple prêteur sur gages, on s’en rend très vite compte. L’homme a à l’évidence un passé qui va lui permettre de faire trembler tous les truands qui vont se mettre sur son chemin. Imaginez Steven Seagal dans Piège en haute mer, le cuistot invincible qui met à genou tout un bateau de terroristes. Eh bien, toutes proportions gardées, il y a de ça dans The man from nowhere. D’où une certaine jubilation, car lorsque la maitrise est au rendez-vous, un superman qui n’a l’air de rien faisant plier des méchants peut faire plaisir à voir, et c’est souvent le cas ici. Et le garçon ne fait pas les choses à moitié face aux trafiquants de drogue et d’organes.

Le fait que l’on soit dans un film coréen et non hollywoodien apporte quelques charmes de plus. Notamment cette propension à tisser des personnages dans l’excès total. Pas notre homme bien sûr, mais ceux qui se mettent en travers de sa route, qui confèrent parfois au grand-guignolesque pour notre plus grand plaisir. Le film a des travers, tout de même. Non les filles, je ne dirai pas du mal de Won Bin, l’idole des coréennes (« Pas que !! » me diraient certaines amies j’en suis sûr), qui se révèle convaincant sous les traits du protagoniste et fait le grand écart après son excellente interprétation du fils suspect dans le Mother de Bong Joon Ho.

Non, les limites de The man from nowhere se situent ailleurs. Dans les facilités scénaristiques dans lesquelles il tombe parfois, dans la lisibilité un peu trop évidente de l’intrigue qui rend le film tout à fait prévisible (j’ai beau chercher un ressort narratif qui m’a surpris, je ne vois pas). Dans le larmoyant que le réalisateur Lee Jeong-Beom ne parvient pas à éviter, tout du moins à atténuer. Oui, si le film est une quête, un suspense dans les milieux malfamés de Seoul, il reste malgré sa noirceur et sa violence dans le registre du divertissement. Il manque au film l’ambigüité, certainement, pour s’ériger au-delà du carcan du divertissement. Il y avait peut-être également un pan du scénario à développer à travers le personnage de l’homme de main vietnamien du bad guy en chef, un personnage malheureusement sous-exploité qui aurait pu donner lieu à une lutte quasi fratricide à la manière des polars HK. Mais je préfère mille fois voir un film coréen comme The Man from nowhere, affichant mal son ambition scénaristiquement mais efficace dans la catégorie dans laquelle il joue, plutôt qu’unNo Mercy dont les talents associés n’ont à l’évidence pas la carrure de l’ambition qu’ils voudraient avoir.

La lumière rallumée, il était évident que le film d’ouverture avait plu. De l’action, du frisson, des sentiments, et un Won Bin comblant probablement les attentes des spectatrices qui attendaient de le voir sur grand écran. L’année dernière, le Festival Franco-Coréen du Film avait dégainé son meilleur film dès l’ouverture. Cette année, le premier film a fait son effet tout en promettant que finalement, le meilleur est certainement à venir. Et c’est très bien ainsi.

Jour 1 - Ouverture du 5ème Festival Franco Coréen du Film/5th French-Korean Film Festival Opening




Du 9 au 16 novembre 2010 à Paris, ce sera l'occasion de réviser ses classiques coréens et de découvrir les nouveaux cinéastes de ce pays lors du 5ème Festival Franco Coréen du Film.

From 9 to 16 November 2010 in Paris, this will be the best time to revise its Korean classic films and to discover new filmmakers from this country at the 5th French-Korean Film Festival.
More in English >>

Créé en 2006 par des coréens et des français passionnés de cinéma coréen, le Festival affichera cette année une douzaine de long métrages de fiction et de documentaire ("Earth’s Women", Land of Embers", "My Dear Enemy", "Taebaek, "The Man from Nowhere"), une quinzaine de courts métrages, une master Class (avec Ryoo Seung-wan, spécialiste de films d'action), une rétrospective de films d’action des années 70, etc..

Un festival à ne pas manquer donc et que Bulles de Culture, partenaire blogueur de l'évènement, suivra quotidiennement.

Enjoy!

jici

Site officiel du festival : http://www.ffcf-cinema.com.






Created in 2006 by Korean and French young people who love Korean cinema, the festival will show this year a dozen feature films and documentaries ("Earth's Women", "Land of Embers", "My Dear Enemy", "Taebaek", "The Man from Nowhere"), a dozen short films, a master class (with Ryoo Seung-wan, a specialist in action movies), a retrospective of action movies of the 70s..





A festival not to be missed and that Bulles de Culture, blogger partner of the event, will follow daily.

Enjoy!

jici

Festival official website: http://www.ffcf-cinema.com.

Jour 1 - FFCF 2010 - The Man from Nowhere - Film d'Ouverture

The Man From Nowhere

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Mardi 9 novembre à 19h, Samedi 13 à 17h (Action Chrisitine), 119 minutes.

Réalisation : Lee Jeong-beom (son second film à 29 ans)

Scenario : Lee Jeong-beom (le premier draft a été validé après 3 mois seulement puis réadapté selon le casting, notamment le rôle principal : initialement un agent nord coréen de 60 ans)

Casting : Won Bin (qui a définitivement validé son billet Première Classe avec Mother et qui du coup a pu mettre la pression pour obtenir le rôle), Kim Sae-ron (petite fille qu'on a pu voir dans Une Vie toute neuve de la franco-coréenne Ounie Lecomte).

En gros : Gros succès au box-office coréen cet été (il aurait mis Inception au tapis), ça sent le déjà vu très sympa : un ancien "agent" sort de sa retraite pour sauver une petite fille avec qui il s'était noué d'amitié et affronte le crime organisé pendant que son passé ressurgit. Le trailer est sympa et, en plus, on peut apercevoir le héros fatigué trainer sur l'autoroute une hachette à la main. Ah les outils dans le cinéma coréen...

A PRIORI : tout réalisateur coréen qui veut toquer à la porte du Panthéon se doit de passer par un film de vengeance ou un thriller violent, quoique pas très finaude (surtout la seconde partie) la bande annonce est alléchante et rares sont les films qui peuvent se vanter d'avoir mis une raclée à Inception cet été : de quoi se laisser tenter mais attention à l'excès d'enthousiasme, placer trop d'attentes sur le film risquerait de le tuer dans l'oeuf.

Normalement on y sera mardi et on en reparlera ! C'est bon on a été le voir, et voici le compte-rendu de l'ouverture du FFCF.

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17h15 : Joy Means Sick et Sans Congo se présentent aux portes de l’Action Christine. Quelques minutes plus tard, le temps pour JMS de déployer son mètre quatre-vingt dix pour aider à coller des affiches, ils se retrouvent affublés de leurs accréditations, fiers comme des pinsons. Oui mais voilà, il est 17h30, le film ne commence que dans deux heures et il pleut. Ils partent donc en quête de casse croûte afin de calmer leurs estomacs avant la séance.

18h : une fois leur panier repas constitué, les deux compères sont de retour : on les a prévenus, il y aura du monde. Une heure avant on compte déjà une petite vingtaine de personnes, pas question de se faire sucrer leur avant-première. Ils restent donc solidement plantés entre le relais château Christine et le cinéma, attendant de pied ferme l’ouverture des portes.

19h : deux longues files d’attente s’étendent de part et d’autre du cinéma. A droite, les privilégiés, invités et accrédités. A gauche, la plèbe, réservations internet et téméraires, et… JMS et SC, la carte FFCF sur le torse, dans un élan de justice sociale. Le geste n’est pas compris, on nous remet à notre place, à droite. En tout on compte de quoi remplir facilement trois fois la salle, une petite dizaine de caméras (dont une chaine télé coréenne) et quantité d’appareils photos numériques. On prend un peu de retard mais personne ne s’énerve. Hôtes et hôtesses sont souriants, on est accrédités, on la joue relax et on finit par entrer. Ce ne sera pas le cas de tout le monde. Bien tenté les mecs, on pense à vous.

Voici venu le temps de faire une petite dédicace à Dong-suk Yoo, le directeur artistique du festival, et surtout un homme de goût : c’est lui qui nous a invités à être Daily Bloggers. Merci donc DSY, et puis le costume : bogoss. C’est ce même DSY qui fait la majeur partie du speech d’ouverture, les personnalités défilent, on ne va pas s’étendre. On notera juste que selon le goguenard responsable en France d’Asiana Airlines, le FFCF veut devenir le plus grand festival du monde (comme leur entreprise) et que The Man From Nowhere a fait, selon la présentation, 7 millions d’entrées en Corée. Et merde, ça sent lehappy-end.

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Et puis le film commence, par un crochet. Il s’ouvre sur un fond noir que déchire une flamme allumant une cigarette. Un visage se détache du fond indifférencié, un peu occupé, un peu distant, un peu ennuyé. The Man from Nowhere essaye de ne pas se faire repérer par le physio dans la queue devant la boîte de nuit la plus select des années 2000,Les thrillers sud-coréens. Une descente de flic dans une discothèque, une baston en bonne et due forme, un gros gorille éclaté par un inspecteur un peu vénère et une meuf qui met un coup de taser avant de se faire la malle avec la marchandise. On tend l’oreille pour voir s’il n’y a pas du Nina Simone en fond sonore tout en guettant la moustache de Collin Farrel. Ah Miami Vice… Nulle trace de Won Bin pour l’instant, normal, l’intrigue part sans lui et c'est en le bousculant qu’elle le fera entrer dans la danse. Sauf que là on n’est pas dansGrease. C’est bon, le film est bien sapé et le physio aime bien sa gueule, il gagne son sésame : on se glisse doucereusement dans nos fauteuils, ça va mordre de la trachée.

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Quand on veut voir un bon match de football, on regarde du côté de Barcelone ; mais quand on veut se frotter à un bon thriller, il semble de plus en plus évident que c’est à Séoul qu’il faut chercher. La Corée du sud est en train de déposer une belle franchise sous ce label, et The man from Nowhere est complètement dans le tempo. Le seul bémol, paradoxalement, réside dans son immense succès au box-office qui est le signe que le film est une tragédie inachevée. Nous disions dans un de nos articles qu’il n’y avait pas dehappy-end dans la cosmologie sud-coréenne. Ici, c’est en partie faux. En même temps, on croule sous des trombes de malheur du début jusqu’à la fin. Les héros ont la poisse accrochée jusqu’aux os, donc un bon petit rayon de soleil en épilogue, ça soulage un peu tout le monde.

Forcément, après avoir fait le forcing pour faire le film, Won Bin se devait de soigner son entrée. Et franchement ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Won, sérieux, la mèche constamment sur l’œil, c’est tout much, ça fait plus Star ac’ qu’ex-agent des forces spéciales. Enfin bon, même s’il ne joue du coup qu’avec la moitié du visage, il le fait plutôt pas mal et monte en puissance progressivement. Mother n’était donc pas un coup de pot, le mec est doué. Et puisque l’on parle des acteurs, saluons tout de suite la performance deKim Sae-ron, troublante dans son rôle d’enfant abonnée par tous (on affectionne le terme « troublante », ça fait très critique de cinéma).

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Au-delà, The Man from Nowhere est un pur thriller élégant et racé. Du tonus, du cœur, de l’envie : tout ce qu’on aime. Aucun personnage, même les secondaires de secondaires, ne semble avoir été écrit par la petite sœur du scénariste. Nous lui en savons gré, bien évidemment. Tae-shik (Won bin) est un antihéros placide dans la droite lignée de ces illustres prédécesseurs en la matière. D’ailleurs, les thrillers sud-coréens ont semble-t-il dépassé le paradigme tarantinesque du gangster en costume noir ajusté, chemise blanche, lunette noire, cravate fine. En Corée du sud, l’âme damnée est un peu plus extrême, tout en restant sobre : costume noir, chemise noire, outil de bricolage à la main (hache, marteau, comme vous voulez). Tae-shik c’est personne, un Ulysse perdu dans une odyssée infernale et lugubre. On passe sur les détails mais ça donne : trafic d’organes, de drogue, enfants séquestrés, et épouse écrasée par un six tonnes.

Le film se déroule ensuite de façon plus ou moins éclatée (on suit différent points de vue) mais, loi de la gravité oblige, on colle de plus en plus aux basques de Won Bin, the man from nowhere is now everywhere. Le tout est très bien fait, calibré, efficace. On n’atteint quand même pas les sommets d’un Oldboy, d’un The Chaser ou encore d’unMemories of Murder, et surtout le film se sacrifie finalement sur l’autel de la rentabilité. Mais globalement on ne va pas faire la fine bouche.

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Pour ce qui est du syndicat du crime, c’est une bande de joyeux gai-lurons. Ce qui invite à méditer sur cette sentence : les méchants les plus méchants sont aussi ceux qui ont l’air les plus sympas. Reprenant à son compte le théorème du Joker, le réalisateur fait du duo maléfique un couple drolesque et pince-sans-rire qui gonfle un peu le film de quelques bouffées d’oxygène parfois salutaires. Les policiers aussi, dans leur relative incompétence, sont l’occasion de déconner un petit peu. A noter également que le schéma classique du héros qui mène son enquête parallèlement à celle de la police est scrupuleusement respecté ici. Plus largement, The man from Nowhere semble clairement en communication avec The Chaser. Et la plante de Tae-sik amène inévitablement à voir une passerelle avec Léon, et Natalie Portman, notre première amoureuse.

Sinon très grosse dédicace à la scène du saut par la fenêtre en un seul plan ! On est avec Won Bin dans le couloir, on passe avec lui à travers la vitre et on atterrit avec lui. Tout simplement génial, incroyable, un direct au foie qui sonne pendant cinq bonnes minutes. Après une brève enquête sur l’Internet, il semble que le caméraman et Won bin, attachés à deux cordes, sautent tous les deux par la fenêtre. La scène a été filmée en plusieurs prises (tu m’étonnes…). Et c’est pas tout, on notera aussi une nouvelle façon d’utiliser un sèche-cheveux, un face à face extrêmement stylé entre deux supers guerriers au milieu des basses et des lasers d’une boite de nuit, des scènes de baston au top du hip-hop, et une alternance élégante de scènes méchamment sanglantes et de petits passages comiques. On met à part les deux scènes qui entourent le départ de la « grande sœur » exploitée par les méchants chinois : on nous dit qu’elle rentre chez elle alors qu’on sait tous bien qu’elle ne fait que franchir une étape dans le malheur… Et pourtant, ici on se place du point de vue des autres enfants, comme si on y croyait. On adopte un ton qui serait presque heureux, les adieux se font sans larmes, sans musique triste et c’est d’autant plus cruel à regarder. La sobriété ça paye, et ça s’applaudit.

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Quelques nuances cependant : la musique, vraiment pas top voire franchement chiante, les passages de flash-back pas très subtils (grosse lumière blanchâtre, tons clairs, ralentis, sourires niais… héhé si tu savais ce qui t’attend) et puis la fin : sans elle jamais le film n’aurait fait ses 7 millions d’entrées, avec elle jamais il n’entrera au Panthéon. Tristes tropiques. En tous cas, n’hésitez pas à aller voir le film samedi 13 novembre, ça vaut le coup !

TRAILER


L'idéal pour se faire un a priori par vous-même, ce serait de regarder Cruel Winter Blues, le premier film de Lee Jeong-beom, sur Youtube (dans un méchant format 4/3 qui en découragera certains). Perso, on ne l'a pas encore vu.


Liens :

- Fiche FFCF

- Fiche London Korean Festival

- Site Officiel (anglais)

- Topic sur le forum Mad Movies


Rédigé par Kim Bong Park

FFCF Daily Bloggers 2010 !!

Suite à notre première expérience l'année dernière, les Daily Bloggers sont de retour pour le FFCF 2010 !

Voici la liste des Daily Bloggers FFCF 2010 :


C'est parti !!
Bon festival !