mardi 16 novembre 2010

Jour 7 - Quit Your Life : La corde au cou [Festival Franco-Coréen 2010]

Premier long-métrage de l’esthète du film d’action coréen, Park Nou-siksigne un non moins « magistral » Quit Your Life / Ingansapyoleul sseola (1971) où son personnage principal, Cheol-ho opère une vengeance contre Dal-gyu et ses hommes. Ces derniers sont les responsables de la mort de son ami, Jeong-su, durant leurs travaux forcés dans une mine d’or en Mandchourie. Cheol-ho, porté disparu revient hanter les assassins de son ami et rencontre sa femme Young-suk qui est depuis devenue aveugle. Cheol-ho ne parvient pas à lui dire que Jeong-su est mort. Il se fait donc passer pour lui…

Quit Your Life mélange mélodrame et action mais il n’échappe pas non plus à un aspect plus kitsch qui le rend parfois risible et c’est tout à son honneur. Ce qui frappe tout d’abord dans ce premier long-métrage c’est la composition de certains plans et mouvements de caméra qui feraient presque rappeler la mise en scène furieuse d’un Kinji Fukasaku. Il y a des choses ma foi fort intéressante à ce propos. Mais ce qui frappe surtout dans un tel film c’est l’exubérance décomplexée qu’il pouvait exister à cette époque. Et là, nous sommes servis. Elle va de scènes improbables aux répliques tonitruantes tout en passant par un montage tellement « cut » qu’on croirait des morceaux de pellicules disparues. Un tel montage (si effectivement, il ne manque pas de scènes) apporte une vivacité de tous les instants comme si le personnage de Cheol-ho était sous une tension permanente. Comme si l’action était prête à reprendre d’un instant à l’autre. Cette apparence « survoltée » est souvent assagie par les moments plus mélo’ où s’invite Young-suk. Et là, je m’éprends à rêver d’un Quit You Life sans fioriture mélodramatique. Ça aurait été quelque chose. Une espèce de course à la vengeance mais il n’en est rien. Est-ce si malheureux pour autant ? Non puisque si le mélo’ n’est que rarement ma tasse de thé, il révèle pour moi, spectateur profane du cinéma seventies coréen, une particularité : les hommes, mêmes les plus viriles, pleurent. Fascinant. Un héro qui est là pour tuer sans concession aucune n’a pas de honte à pleurer.

Mais Quit Your Life est aussi révélateur de ce que pouvait être la Corée à une époque. En premier lieu par le biais du long flash-back où Jeong-su est tué. Mandchourie en Chine : l’occupation japonaise. Des coréens travaillent dans une mine d’or, des travaux forcés et un acte infâme qui en découle, lourd de sens. Puis, retour aux seventies. Epoque de la consommation de masse où il est amusant de voir Cheol-ho faire visiter son nouveau chez lui à Young-suk : un appartement tout équipé, le « must » en ces temps-là qui tranche avec la vie « pauvre et vétuste » des campagnes où l’héroïne vit. La Corée du Sud change, elle devient moderne semble nous suggérer la séquence. L’héroïne, justement de ce long-métrage est pure comme si le héro ne pouvait partager des moments si déchirants avec une femme d’une autre condition. Ainsi, on apprend qu’elle est toujours vierge à trente et un ans. C’est une femme bien, on n’en doute pas ; douze ans qu’elle attendait son amour. Tout autant qu’est le héro dont la pureté est lavée par le sang qu’il fait couler jusqu’à ce final émouvant, faisant rappeler la fin de The Killer de John Woo, mais avant cela...

On l’a vu séduire une femme alors qu’il se fait passer pour Jeong-su auprès de Young-suk. Mais pas de panique cela faisait partie de son plan. Ouf, l’honneur est sauf. C’est un mec bien, on vous dit. Avec Quit Your Life, on assiste à quelques jolies scènes d’action qui virent aux granguignolesques. Une scène en particulier me trotte en tête. L’acharnement qu’il a à immoler deux « ennemis » alors même que la cible principale prend fuite et le distance, mais ça ne l’arrête pas. Il prend le temps d’immoler comme il faut ses opposants pour leur faire comprendre qu’il ne s’agit pas de l’embêter. Anthologique ! Et tout aussi culte l’utilisation de la « corde du pendu » comme arme. C’est juste hilarant. Le voir au coude à coude avec le méchant de service, chacun au volant de leur véhicule, la vitesse, la tôle qui se froisse puis dans le même temps ce lancé de corde mémorable qui enlace le cou du méchant. A faire pâlir un cow-boy et son lasso, je vous dis. On pourrait aussi évoquer le roulé boulé effectué pour descendre une marche de dix centimètres ou encore la présence du chat en début de film ! Oui, je l’oubliais celui-là, le chat du méchant qui se trouve dans le bureau de ce dernier dans un gratte-ciel ! Un grand n’importe quoi. Un chat qui lui fait peur et lui saute brutalement dessus. On imagine l’assistant derrière la caméra lançant la bestiole sur l’acteur. Marrant.

Quit Your Life est généreux dans ce qu’il nous montre. Il n’échappe pas à quelques moments un peu mous mais je garderais (pour ma part) de son film son côté plus furieux et décomplexé de toute limite dans le vif de l’action. Park Nou-sik nous fait passer un agréable moment et ce même après trente neuf ans passé.

I.D.

Rédigé par I.D.

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